Les mangas et les animes sont des œuvres qui abordent régulièrement des questions philosophiques telles que l’existentialisme, le nihilisme, l’éthique ou l’impermanence. Contrairement à ce que leurs détracteurs pensent, ces œuvres ne sont pas simplement des productions pour enfants ou encre des œuvres de violence. Elles interrogent le sens de la vie, la nature de l’identité et la place de l’humain face à la technologie ou à la violence.
Pourquoi le manga et l’anime sont-ils un terrain fertile pour la philosophie ?
Généralement, un manga se déploie sur plusieurs dizaines de volumes. Cela permet donc à son auteur de développer des idées complexes dans le temps, contrairement à un film qui doit condenser son propos en 1 à 2 heures. Au cours de l’histoire, les personnages vont évoluer, douter, se remettre en question, changer de position… Ainsi, le lecteur a de quoi explorer des dilemmes moraux ou métaphysiques, qui rarement se résolvent en une seule scène.
Ajoutons à cela, que la culture japonaise s’est construite à la croisée du bouddhisme, du shintoïsme et, plus récemment, de la pensée occidentale importée après l’ère Meiji. On retrouve ainsi, dans une même œuvre, des notions bouddhistes comme l’impermanence et des questionnements plus proches de l’existentialisme européen du XXe siècle.
Neon Genesis Evangelion : l’angoisse existentielle et la question de l’identité

Créée par Hideaki Anno, la série Neon Genesis Evangelion (1995-1996) met en scène des adolescents pilotes de robots géants confrontés à une crise existentielle profonde. Le personnage principal, Shinji Ikari, traverse un doute constant sur sa propre valeur et sur le sens de son engagement.
La série est régulièrement analysée par la critique comme une exploration de l’angoisse, de l’isolement et de la difficulté à définir une identité stable, des thèmes proches de la pensée existentialiste et de la psychanalyse.
Berserk : la liberté face au destin

Le manga Berserk, créé par Kentaro Miura, met en scène Guts, un guerrier confronté à la violence et à la trahison. L’œuvre développe le concept de la « Main de Dieu » et d’une structure invisible qui semble orienter le destin des personnages.
Cette tension entre déterminisme et libre arbitre traverse l’ensemble du récit. Guts choisit de résister à ce qui parait être un ordre du monde établi, une posture qui se rapproche de la révolte existentialiste face à l’absurde.
Fullmetal Alchemist : les limites de la connaissance humaine

Dans Fullmetal Alchemist, d’Hiromu Arakawa, le principe de l’échange équivalent structure tout l’univers narratif. On ne peut rien obtenir sans perdre quelque chose de valeur équivalente. Les frères Elric en font l’expérience douloureuse dès le début de l’histoire.
C’est une œuvre assez intéressante qui peut vous amener à vous poser des questions sur les limites de la science et de l’ambition humaine à vouloir maîtriser la nature ainsi que la mort. Elle pose la question de ce que l’humain est prêt à sacrifier au nom de la connaissance.
Death Note : moralité, justice et relativisme

Death Note est une œuvre de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata. Ici, on suit Light Yagami, un lycéen qui acquiert le pouvoir de tuer quiconque en écrivant son nom dans un cahier surnaturel, le Death Note. Il décide alors d’éliminer les criminels pour créer un monde « juste » selon ses propres critères. C’est la raison pour laquelle le personnage est comparé par la critique à une figure inspirée du surhomme nietzschéen, un individu qui s’arroge le droit de définir seul le bien et le mal. La série ne tranche pas explicitement sur la légitimité de cette posture et laisse le lecteur juger.
Mushishi : l’impermanence et l’harmonie avec la nature

L’histoire de Mushishi, de Yuki Urushibara, tourne autour de Ginko, un personnage qui étudie des créatures mystérieuses appelées « mushi », proches d’esprits de la nature. Chaque récit se conclut généralement sans résolution parfaite : certains maux ne disparaissent pas, ils se transforment. Cette approche fait écho au concept d’impermanence, l’idée que tout est en perpétuel changement et qu’aucun état, bon ou mauvais, n’est permanent.
Vagabond : la maîtrise de soi et l’inspiration zen

Vagabond, de Takehiko Inoue, s’inspire du roman La Pierre et le Sabre d’Eiji Yoshikawa, lui-même basé sur la vie du sabreur Miyamoto Musashi. Le récit suit l’évolution de Musashi, qui passe d’une violence brute à une recherche de sagesse et de maîtrise intérieure.
L’œuvre intègre des éléments associés à la pratique du zen, notamment la discipline du geste et la recherche d’un état d’esprit détaché du résultat, plus que de la seule technique du combat.
Ghost in the Shell : qu’est-ce que l’identité à l’ère numérique ?

Ghost in the Shell, créé par Masamune Shirow, met en scène Motoko Kusanagi, une cyborg dont la conscience est en grande partie artificielle. L’œuvre interroge ce qui définit une identité lorsque le corps peut être entièrement remplacé. Ces questions rejoignent les débats philosophiques du posthumanisme contemporain sur la continuité de la conscience et la frontière entre humain et machine.
Psycho-Pass : utilitarisme et société de surveillance

Psycho-Pass (2012), écrit par Gen Urobuchi, décrit une société dans laquelle un système appelé Sibyl mesure en permanence l’état psychologique des citoyens pour prévenir le crime avant qu’il ne survienne. La sécurité collective prime sur la liberté individuelle. La série met en scène une forme d’utilitarisme poussé à l’extrême, où le bien-être global justifie une surveillance totale, et interroge le coût moral de ce compromis.
L’Attaque des Titans : le cycle de la violence et le relativisme moral

L’Attaque des Titans, de Hajime Isayama, débute comme un récit de survie contre des créatures géantes avant de révéler un contexte géopolitique complexe entre deux peuples. Le récit multiplie les points de vue, dont ceux de personnages initialement présentés comme antagonistes. C’est une œuvre qui peut vous amener à vous poser des questions sur le cycle de la vengeance, la construction de l’ennemi et la difficulté de désigner un camp “absolument” juste dans un conflit.
Peut-on étudier la philosophie à travers les animes ?
Oui, dans une démarche de vulgarisation ou de mise en perspective. Les animes illustrent des concepts philosophiques de façon narrative, ce qui peut faciliter leur compréhension, sans remplacer l’étude directe des textes philosophiques originaux.
Quels courants philosophiques sont les plus représentés dans les mangas ?
L’existentialisme, le nihilisme, le bouddhisme et plus récemment le posthumanisme reviennent fréquemment. Ces courants s’expriment à travers des thèmes comme la quête de sens, l’impermanence ou la question de l’identité face à la technologie.